Interview Romuald SEGUY

Retrouvez ici l’interview BUTEUR-BOTTEUR !

RETRANSCRIPTION TEXTE DE L’INTERVIEW AVEC ROMUALD SEGUY

Pour commencer, est-ce que tu peux te présenter, et présenter les différents clubs par lesquels tu es passé ?

Romuald SEGUY
Je m’appelle Romuald Séguy. J’ai été formé au GAOBS, une entente de plusieurs villages de là où je suis né, à Ginestas. Ensuite en minimes je suis parti à Narbonne où j’ai fait trois ans. Une dernière année de minimes et deux années de cadets). Et ensuite je suis parti à Perpignan jusqu’à maintenant où j’ai été prêté, là en milieu de saison, à Mont-de-Marsan.

Du coup tu as fait combien d’années à Perpignan ?

Romuald SEGUY
J’ai fait six années – six années à Perpignan.

Est-ce que tu considères que c’est ton club formateur, ou plus le GAOBS ?

Romuald SEGUY
Club formateur, j’en sais rien… non, celui qui m’a formé, moi je partirais du GAOBS, c’est lui qui a commencé à me mettre là-dedans et qui m’a donné envie de faire ça et tout. Après celui qui m’a fait apprendre et m’a donné de la technique pure et de l’expérience, je dirais que c’est Perpignan. Mais aujourd’hui, oui, le formateur, je dirais que c’est le GAOB.

Donc c’est une entente ?

Romuald SEGUY
C’est ça, une entente de plusieurs villages.

Combien de villages ?

Romuald SEGUY
Cinq ou six.

À quel âge tu as vraiment… l’âge de ta première licence, au rugby ?

Romuald SEGUY
Bonne question… première licence, je dirais six/sept ans, peut-être. Le plus tôt possible je crois, dès que j’ai pu j’en ai fait. Je faisais déjà pas mal de sport quand j’étais jeune… mais le plus tôt possible.

Tu as fait d’autres sports ?

Romuald SEGUY
J’ai fait du tennis, j’ai fait du ping-pong, et voilà.

Du coup tu as commencé à 6/7 ans le rugby. Est-ce que tu as à peu près en tête l’âge auquel tu as commencé à taper le ballon du pied, à essayer de taper entre les poteaux… ?

Romuald SEGUY
Très tôt aussi – j’étais très souvent dehors. Toujours avec un ballon dans les pieds, que ce soit de foot ou de rugby. J’avais le stade juste à côté de chez moi donc j’ai toujours tapé dans le ballon, toujours fait du sport. J’étais très actif quand j’étais jeune donc j’ai vraiment tapé très tôt dans le ballon.

Tu avais un espace chez tes parents, ou tu étais tout le temps dehors, au stade ?

Romuald SEGUY
Pas forcément chez mes parents mais j’étais plus souvent dehors avec mes amis et autres de mon village pour en profiter.

Est-ce qu’il y a eu d’autres buteurs dans ta famille qui t’ont un peu … ?

Romuald SEGUY
Pas du tout, vraiment pas, non. Vraiment pas : au niveau de ça je ne risquais rien !

Par contre c’était une famille rugby, tu as baigné dedans ?

Romuald SEGUY
Oui, quand j’étais plus jeune, j’allais voir mes cousins jouer. J’étais allé voir un tournoi, je me souviens à Cuxac-d’Aude où mes parents m’avaient amené pour aller voir mes deux cousins qui jouaient. Il y en a un qui a arrêté un peu plus tôt que l’autre, mais c’est ça qui m’a plus ou moins donné envie et qui m’a fait baigner dedans. Après, j’avais une famille qui jouait déjà au rugby, donc c’était déjà plus facile.

En dehors de la famille, est-ce qu’il y a pour toi des buteurs qui t’ont marqué quand tu étais petit, que tu pouvais peut-être essayer d’imiter au stade… tu as des souvenirs ?

Romuald SEGUY
Quand j’étais petit, et encore aujourd’hui, je regardais beaucoup de vidéos un peu de tout le monde, pour voir un peu ce que tout le monde fait. Mais si je dois dire j’en donnerais peut-être deux : je regardais beaucoup Luke McAlister et Dan Carter, les deux All Black. Mais sinon, je n’ai jamais vraiment eu de mec en particulier par rapport à ça, je regardais vraiment tout le monde.

Aujourd’hui McAlister a mis un terme à sa carrière. Carter c’est pour dans quelques mois… Est-ce qu’il y en a un que tu regardes aujourd’hui plus particulièrement, est-ce qu’il y a une technique que tu trouves intéressante, remarquable ? Il y en a beaucoup qui citent Owen Farrell en ce moment, est-ce que… ?

Romuald SEGUY
Oui, Owen Farrell ou, même s’il joue un peu moins, Ford c’est la même chose : ces anglo-saxons ils sont dans la routine, ils ont leur technique pure qu’ils travaillent beaucoup donc… franchement, non, je ne les regarde pas en particulier, je regarde un peu tout le monde, mais c’est des mecs qui sont internationaux, ils sont réguliers, ils sont réputés pour être des excellents travailleurs, des excellents buteurs, donc sinon non, je regarde pas vraiment…

On va passer un peu sur la partie matos… Avec quel tee tu as commencé ?

Romuald SEGUY
Je n’ai jamais acheté de tee quand j’étais jeune ! Et je crois que celui que j’ai aujourd’hui je ne l’ai toujours pas acheté, j’ai dû le récupérer quelque part ! Mais quand j’ai commencé jeune, je ne pourrais même pas le dire, peut-être un plot, un plot basique. Je me souviens mon père m’avait coupé un plot de route qu’on avait plus ou moins mis avec du silicone et tout ça, j’avais mis un petit Gilbert en bas où j’avais coupé les pointes pour me le maintenir. Après j’avais mis un plot une fois avec le petit Gilbert par-dessus, j’ai essayé pas mal de choses. Mais aujourd’hui je reste sur le Gilbert haut qui se module.

Le bleu et vert en ce moment ? Tu restes là-dessus ?

Le tee de R. SEGUY est en bas à droite.

Romuald SEGUY
C’est ça, ça fait un moment, c’est depuis les années espoir, quasiment, que je n’ai pas bougé. Mais quand j’étais jeune je changeais beaucoup, quand il y avait un match où je n’arrivais pas à buter j’avais l’impression que c’était la faute du tee. Donc la semaine d’après j’essayais d’inventer quelque chose d’autre pour essayer de me réguler.

Les Gilbert ils sont quand même assez lourds, assez rigides… Est-ce que tu as testé des tees à peu près de même hauteur mais très légers ?

Romuald SEGUY
Pas du tout. Ça fait un moment… à dix-huit ans, quand j’étais en espoir, et même un peu avant, je tapais déjà avec ça et depuis je n’ai pas bougé.

Tu as plusieurs exemplaires du tee dans le même sac ou tu n’en as un qu’un… ?

Romuald SEGUY
Pas du tout – un seul qui me fait tout, mais qui est toujours là !

D’accord, il doit avoir quelques traces d’usure… !

Romuald SEGUY
Oui, il commence à prendre un peu quelques formes, mais il est toujours vivant !

Au niveau des crampons, qu’est-ce que tu utilises ?

Romuald SEGUY
Tiempo pour moi. Ça fait un moment que je ne mets que ça. Une fois j’avais essayé Adidas et j’avais vraiment eu du mal à mettre mon pied dedans… Alors je ne sais pas si j’étais déjà habitué à Nike, mais j’ai vraiment adopté Tiempo.

Et est-ce que le fait que tu butes a influencé ton choix de crampon ? Ou est-ce que tu essaies de voir un peu au niveau du ressenti, du contact de balle ?

Romuald SEGUY
Pas du tout, c’était vraiment par rapport à la sensation, où j’étais dans les Tiempo vraiment bien. J’en ai essayé d’autres mais les mieux qui me restent c’est vraiment les Tiempo, au niveau de la sensation pour tout, que ce soit pour dans le jeu ou pour moi, ma sensation de courir. C’est vraiment les Tiempo qui me conviennent à moi.

C’est du haut de gamme… ? Il y a la gamme à 50, 100, 200 euros, est-ce que tu es sur des crampons haut-de-gamme ?

Romuald SEGUY
Oui, bon là les prix ont clairement augmenté, mais oui, c’est clairement plus sur du haut-de-gamme. J’ai eu des crampons bas de gamme. Mais quand même ils vont s’abimer beaucoup plus vite, par rapport à tout ce qui est niveau rigidité ou même au niveau de la chaussure c’est quand même autre chose. Donc je suis plus pour le haut-de-gamme pour être dans un confort.

Et depuis quand tu as fait ce choix de t’orienter vers cette gamme de crampons ? Qui est plus durable, comme tu dis, plus confort et plus durable…

Romuald SEGUY
À partir du moment où c’est moi qui me les suis payés ou qu’on me les a envoyés, mais quand c’était mes parents c’était les crampons les moins chers possible…

Et en soldes peut-être… ?!

Romuald SEGUY
Oui c’est ça ! Mais c’est à partir du moment où j’ai pu me les payer ou qu’on me les a envoyés que j’ai pris le haut-de-gamme.

On va passer à une question ballon ! Tu es passé récemment, comme tu le disais, de l’USAP, sponso Gilbert, à Mont-de-Marsan, sponsorisé BeRugbe… Est-ce que tu as senti des différences, tu as des préférences ?

Romuald SEGUY
Oui, vraiment préférence Gilbert – pour avoir joué avec les Gilbert et là les BeRugbe, c’est vraiment autre chose que ce soit au niveau… peut-être pas de la qualité du ballon, mais par rapport à la frappe ou quand le ballon vole je trouve qu’il y a une grosse différence.

Au niveau du vol de balle, de la régularité, de la trajectoire ?

Romuald SEGUY
Oui, et au niveau du poids du ballon : ce n’est pas du tout le même et je trouve que la frappe n’est pas du tout pareille, ça modifie un peu.

Ils sont plus lourds, les ballons BeRugbe, ou plus légers ?

Romuald SEGUY
Euh… sûrement plus légers, mais j’ai l’impression qu’ils ont tendance à plus partir et qu’on n’a pas trop droit à l’erreur.

D’accord… donc dès qu’il y a une petite fuite ça peut partir…

Romuald SEGUY
… très loin !

Alors, je n’ai pas tous tes matches en tête ni toutes tes stats, il y a eu des jours sans avec les ballons BeRugbe avec Mont-de-Marsan ?

Romuald SEGUY
Non, ça m’est arrivé avec Perpignan à Massy, avec les BeRugbe, mais à Perpignan il y a déjà Yoann qui bute donc je n’ai pas trop eu l’occasion de buter pour l’instant.

On va passer sur la partie un peu plus technique – technique buteur :

D’après toi, depuis quel âge, depuis combien de temps ta technique est-elle vraiment stabilisée ? Tes pas, ta routine, ta façon de faire – depuis quand le plus gros est-il stabilisé ?

Romuald SEGUY
Depuis mon année… en transition pendant mon année Crabos / 1ère année sport. Avant, pendant la période Cadets, Minimes, je changeais beaucoup, je me prenais beaucoup la tête par rapport à ça. Je me mettais en tête que mes pas pouvaient tout changer, que le moindre pas de côté pouvait changer ma frappe. Et un entraîneur que j’ai eu à Narbonne m’a plus fait comprendre que finalement c’était l’intensité que je mettais dans le ballon et la façon dont je le regardais qui faisaient le plus gros. J’ai vite compris que finalement mes pas ce n’était pas le plus important. Donc c’est en Crabos ou dans ma première en espoir que j’ai tout stabilisé.

Aujourd’hui est-ce tu as des réajustements depuis un ou deux ans, des toutes petites choses, ou est-ce que justement tu sens que c’est hyper carré ?

Romuald SEGUY
Non vraiment pas. Après, je n’ai pas non plus trop buté depuis deux ans parce que j’étais avec les pros. Quand j’étais à Perpignan, il y avait toujours du monde qui butait devant moi, et là ici je ne bute plus trop. Je n’ai pas cette habitude de buter et de me dire voilà ce week-end j’ai manqué par rapport à ça. Non après quand je bute aux entraînements je suis réglé, j’ai ma routine qui est déjà faite et mentalement je sais que ça va marcher comme ça, donc pour l’instant il n’y a pas de raison.

Imaginons, du coup, que l’arbitre siffle pénalité, le capitaine demande les trois points, est-ce que tu peux décrire un peu toute ta routine : comment tu poses le ballon, tu fais quoi comme pas… est-ce que tu pourrais la décrire ?

Romuald SEGUY
Je pourrais la décrire mais je ne suis pas du tout comme ça. Je suis pas du tout prise de tête par rapport à ça, au contraire j’ai appris à plutôt me relâcher parce que plus jeune je me mettais beaucoup la pression par rapport au moindre pas au moindre truc. Mais aujourd’hui c’est plus qu’à partir du moment où je prends le ballon et que je la sens, je récupère mon tee, je n’ai pas spécialement plus de pression ou je ne me dis pas quoi que ce soit dans ma tête. Je pose le ballon, j’ai mes pas où je sais que je vais reculer d’un et me décaler à côté. Donc non, par rapport à ça je n’ai pas vraiment de routine pure où je vais me mettre en tête quoi que ce soit.

Tu parlais tout à l’heure d’un coach du côté de Narbonne, c’est la question qui arrive maintenant : est-ce que tu as eu quelqu’un pour t’aider dans tes jeunes années à construire une technique ?

Romuald SEGUY
Justement, quand j’étais plus jeune, à Narbonne, j’avais Yannick Potel qui s’occupait beaucoup de moi par rapport au jeu au pied. Après j’ai eu quelques intervenants avec Perpignan. Mais celui qui m’a le plus marqué c’était vraiment celui de Narbonne, parce que c’est là plus ou moins où j’ai compris… qui m’a fait comprendre que c’était vraiment l’intensité que j’allais mettre dans le ballon, qu’il fallait que j’arrête de me prendre la tête sur quoi que ce soit. C’est l’entraîneur de Narbonne qui m’a vraiment fait comprendre que c’était plus dans ma tête, qu’il ne fallait pas vraiment se prendre le chou et taper – on va dire – comme un benêt, et il y a des fois où j’avais des pas super compliqués. Pendant les matchs il me faisait tourner en rond, il me disait de reculer et je courais, je tapais dans le ballon, ça passait et il me disait : c’est juste une question de frappe et de me concentrer sur les choses essentielles et non pas sur tous les à-côtés.

Les pas, la précision des pas, c’est un peu des à côté du coup ?

Romuald SEGUY
Moi aujourd’hui je le vois comme ça, Après je suis quasiment persuadé que si j’en mettais des différents et que je me concentrais sur l’essentiel, mettre l’intensité au moment de la frappe et regarder bien le ballon, je pense que le résultat serait plus ou moins le même.

Tu parles de choses vraiment essentielles, regarder le ballon… est-ce que tu parles, au moment de la frappe, d’avoir le regard dessus… ?

Romuald SEGUY
Oui, savoir tout le temps où moi je vais positionner mon pied sur le ballon, à quel endroit je vais l’impacter. Et comme on m’a souvent dit, les poteaux une fois qu’on les a regardés on sait plus ou moins où ils sont, il n’y a pas besoin de tergiverser par rapport à ça et de les regarder vingt fois. Le plus important c’est vraiment le pied sur le ballon.

Est-ce qu’à Mont-de-Marsan il y a un responsable de jeu au pied, de skills ?

Romuald SEGUY
Pas du tout. On est en autonomie, chacun fait plus ou moins ce qu’il a envie de faire. Il y a Yoann Laousse qui est déjà plus ou moins expérimenté là-dedans est qui est un excellent buteur, donc non, rien de particulier.

Pendant que la saison suit son cours, en semaine de match, vu que tu parles d’autonomie, comment est-ce que toi tu t’entraînes ? C’est un peu au feeling… une fois, trois fois… ou est-ce que tu essaies de maintenir un cadre régulier : deux fois par semaine je vais buter, taper des drops… ?

Romuald SEGUY
J’ai beaucoup stoppé le tir au but, je me consacre plus à mon jeu au pied courant, que ce soit de déplacement, drop coup d’envoi, drop au poteau, tout ce qui est penal touch et autres. Je bute très peu dans la semaine, je bute à la mise en place et avant le match.

Juste au cas où… ?

Romuald SEGUY

C’est ça. Et même quand je jouais je butais très peu, ça m’arrivait. J’ai beaucoup, beaucoup buté et finalement je me suis plus pris la tête qu’autre chose en butant énormément que ce que je progressais moi.

C’est ça. Et même quand je jouais je butais très peu, ça m’arrivait. J’ai beaucoup, beaucoup buté et finalement je me suis plus pris la tête qu’autre chose en butant énormément que ce que je progressais moi.

Tu as eu la sagesse, et aussi à Yannick Potel, de relâcher, de moins t’entraîner et d’y aller un peu plus au feeling… ?

Romuald SEGUY
Oui c’est ça, et surtout je me suis dit que ma routine je l’avais, et qu’il n’y avait pas de raison que ça parte. Après ça m’arrive des fois d’avoir envie de buter, et je vais y aller, je ne dis pas le contraire. Mais je préfère plus me consacrer à tous les autres jeux au pied qui sont plus importants, comme les chandelles et tous ces jeux au pied que j’ai beaucoup moins travaillés dans le passé et qu’aujourd’hui j’ai besoin de rattraper. Mais c’est vrai que je bute un peu moins que les autres années.

Du coup dans la semaine tu vas spontanément une fois, deux fois… ?

Romuald SEGUY
C’est ça, ça ne dépassera pas les deux fois par semaine.

Est-ce tu as une routine d’entraînement ? Tu commences ou tu finis toujours pareil ?

Romuald SEGUY
Pas du tout. Pareil, vraiment je ne me prends pas la tête par rapport à ça. C’est plus ce dont j’ai besoin, envie de travailler en fonction de ce que l’entraîneur a demandé aussi, en fonction du match qui arrive, de la stratégie du match, en fonction de s’il faudra mettre plus des jeux au pied de pression, plus des jeux au pied long, en fonction de tout ça. J’adapte plus ou moins ma séance et je vois ce que je dois faire.

Donc toi tu peux adapter ta séance au vu de l’adversaire prochain, de ce que vous avez repéré à la vidéo ?

Romuald SEGUY
C’est ça. Après, avant chaque match je vais faire tous les types de jeu au pied, pas dans le même sens mais je vais tous les faire. Avant les matches je les vois vraiment tous, mais par exemple là, en pleine semaine, je fais plus en fonction de comment ça va se passer le week-end, ou si j’ai besoin de travailler, ou si le week-end d’avant ça s’est mal passé, pour plus me rassurer. Mais sinon, non je n’ai pas de routine spécifique.

Et routine d’avant match, avant l’échauffement collectif, est-ce que tu sors avant… ?

Romuald SEGUY
Oui je sors avant à chaque fois pour commencer l’échauffement, commencer à buter et autre, et pareil, là je revois tous les jeux au pied globalement. Je commence toujours bien sûr par bien m’échauffer, je finis toujours par le tir au but quasiment, ou alors je rectifie de temps en temps avec un jeu au pied si j’en ai tapés quelques-uns qui ne m’ont pas plu. Mais c’est comme par rapport aux entraînements : je n’ai pas de routine, je ne vais pas me dire que je vais faire ça en un, ça en deux. Je ne suis pas du tout comme ça, je ne suis pas réglé comme ça, je fais plus dans la globalité : je dois tous les revoir et m’appliquer au maximum avant.

On a parlé plus actuellement avec le club de Mont-de-Marsan, et tu parlais d’autonomie. Est-ce que parfois tu t’entraînes avec d’autres buteurs ou est-ce que ça reste assez solitaire comme préparation ?

Romuald SEGUY
Non, plus solitaire. Généralement quand je bute c’est souvent avant la mise en place et on bute très rarement ensemble, on se met très rarement des concours. Je ne pense pas que Yoann en ait besoin, ni moi non plus et au final chacun est plus ou moins solitaire par rapport à sa préparation.

Alors, on a bien compris que c’est solitaire. C’est comment toi tu le sens par rapport à ce dont tu as besoin, aussi en fonction de l’adversaire. Est-ce que toi tu utilises la vidéo de temps en temps, est-ce que tu te filmes ? Est-ce que c’est un outil que tu utilises pour checker des petits points, si tu as des questions… ?

Romuald SEGUY
Pas du tout. Je regarde la vidéo en fonction des matchs, en fonction des jeux au pied que je veux faire, s’ils ont été réussis ou défaillants j’essaie de voir comment je les ai tapés. Mais sinon je ne regarde pas du tout la vidéo, je ne me filme pas. Je ne me suis jamais filmé je crois ou c’est très rare. Si je me filme peut-être ce serait plus à la limite pour un défi, essayer de faire un truc comme ça – mais je me filme très rarement, voire jamais.

Est-ce que tu utilises d’autres outils particuliers ou est-ce que tu y vas juste avec tes crampons, ballon et tee, et voilà, et tu fais ton truc ?

Romuald SEGUY
C’est ça. Oui vraiment c’est ça, il n’y a pas de vidéo, pas de truc à côté, rien de particulier pour travailler en plus – juste moi, mon tee, juste ce que je sais faire habituellement, et voilà.

C’est un peu la fin de la partie sur la technique. Comme je te l’avais dit j’ai préparé trois ou quatre questions sur l’aspect plus mental, l’état d’esprit, le stress etc.

On en a déjà parlé un petit peu tout à l’heure. Tirs aux buts en matchs : pas de stress excessif comme tu disais, tu essaies de la prendre… ?

Romuald SEGUY
Oui c’est ça. Très jeune, je me suis vraiment pris la tête avec ça.

C’était du stress… ?

Romuald SEGUY
Du stress, l’envie de bien faire, l’envie de… où je n’avais pas le droit d’en rater une, et quand j’en ratais une mon match était terminé, je ne savais plus rien faire à côté. À la limite quand j’en manquais une, j’étais à deux doigts de pleurer sur le terrain, voire je pleurais sur le terrain parce que je l’avais manqué. Et bon, au bout de moment on m’a bien fait comprendre que ça ne servait strictement à rien. Du coup je l’ai vraiment pris de l’autre côté, et aujourd’hui c’est dans le sens où si je la manque, je la manque…

Oui, le match continue.

Romuald SEGUY
Voilà, ça continue et puis s’ils ne sont pas contents, on va dire que c’est pareil. Aujourd’hui je sais que moi, dans ce que j’ai fait pour travailler et ce que je travaille, je sais buter ; s’il y a un jour où ça ne réussit pas, moi de mon côté je vais essayer de rectifier. Mais c’est juste que ce sera peut-être juste un jour sans et ça se passera comme ça. Mais je me suis tellement pris la tête quand j’étais plus jeune qu’aujourd’hui j’ai vraiment réussi à faire abstraction de tout ça.

Alors peut-être que c’est aussi ta première année d’espoir, comme tu disais tout à l’heure – sur quelle période tu as eu cette bascule au niveau de l’état d’esprit, où tu as arrêté de te mettre dans le trou pour un coup de pied, où tu as commencé à te dire : « bon là ça va, ça continue » … ?

Romuald SEGUY
Pareil, à partir du moment où… j’ai eu une année où quand je suis parti de Narbonne et que je suis allé à Perpignan, j’ai un peu tout qui a changé : j’ai le lycée qui a changé, j’ai changé d’équipe et tout ça. Et ça m’a vraiment fait du bien que ce soit avec l’équipe, avec les mecs que j’ai joué, et toutes les années que j’ai passées j’avais l’impression qu’à chaque fois je passais plus ou moins un cap. Mais c’est vraiment l’année où je suis parti à Perpignan qui m’a fait le plus grandir.

Un changement d’environnement qui a eu des déclics positifs… ? Peut-être de manière générale… ?

Romuald SEGUY
C’est ça. Je pense que c’est plus de manière générale, par rapport à tout.

Imaginons que tu as le tir au but en match, tu fais zéro sur cinq. La semaine suivante, est-ce tu t’infliges des séances en rab, ou tu ne changes pas forcément ?

Romuald SEGUY
Je dirais qu’à chaque endroit où j’ai manqué ma pénalité, je la taperais une ou deux fois, oui, pour me dire que voilà, la fois où je l’ai tapée malheureusement ça n’est pas passé, mais il faut revenir sur terre : les mecs qui ne manquent pas, sincèrement ça n’existe pas. Il y a plein de grands joueurs qui sont passés à côté, je pense qu’on peut tous les citer. Donc voilà, c’est juste une question, à la limite, de se rassurer en revenant la semaine d’après en se disant « bon ben tu l’as manqué, c’est pas grave ». Vraiment ce serait plus dans l’état d’esprit, ou de se remettre un peu dans la marche en avant et justement de se dire que ça arrive à tout le monde et que ça ira mieux la prochaine fois.

On en parlait aussi tout à l’heure, est-ce que tu as déjà rencontré et/ou travaillé avec un préparateur mental ? On va commencer avec le rugby en général, le rugby pro.

Romuald SEGUY
J’en ai eu l’occasion, j’ai toujours refusé. Je n’ai jamais eu envie de travailler avec des mecs comme ça. Après, c’est mon avis à moi, personnel. Je pense me connaître assez et avoir tous les outils pour justement savoir ce que je dois faire si j’ai envie de réussir, de changer telle ou telle chose. Et si ce n’est pas le cas, j’ai ma famille qui est assez proche de moi pour me dire ce que j’ai à faire pour changer sur mon comportement ou autre par rapport à ça.

Oui, tu prends tes appuis ailleurs, sur toi-même et dans le cercle familial qui est vraiment un soutien à l’heure actuelle. Même à Mont-de-Marsan… ?

Romuald SEGUY
Oui, Mont-de-Marsan ou autre, ce n’est pas la question, un coup de fil et c’est pareil. Mes parents me connaissent, mes proches me connaissent, mes amis me connaissent, ils savent comment je marche. Si je prends une réflexion de mes amis je pense que ce sera beaucoup plus… je préfère prendre une réflexion de mes amis que d’un prépa mental qui me donne un avis. Je préfère avoir réellement l’avis d’un proche que d’un prépa mental.

J’imagine qu’il n’y en a pas, du coup, à Mont-de-Marsan ?

Romuald SEGUY
Non je ne suis pas au courant, je ne pense pas qu’il y en ait un. Ou peut-être avec le centre de formation, je ne sais pas du tout.

C’est la fin de la partie sur la question mentale.

On va juste faire des petites questions en conclusion, en guise d’ouverture D’après toi, quelles sont les qualités d’un bon buteur ? Notamment au niveau du tir au but, comment tu l’envisages ?

Romuald SEGUY
Les qualités d’un bon buteur… Je ne sais pas, il y en a tellement !

Dans le physique, ou au niveau de l’état d’esprit ou de manière générale… ?

Romuald SEGUY
Finalement il y a un peu de tout… Il y a l’aspect physique… Et toujours ce grand mec qui aura toujours une grande amplitude et une facilité de buter ; il y a toujours le travail du mec qui n’a jamais rien lâché et qui a envie de réussir…. Voilà, la précision, et bien sûr de se persuader qu’on peut y arriver ! Et surtout ne jamais rien lâcher, toujours continuer à travailler, toujours continuer à y croire. Je pense que c’est surtout ça, ne jamais s’arrêter, ne pas se décourager.

Est-ce que tu aurais un conseil pour les jeunes buteurs – cadets, juniors ? Ou est-ce qu’il y a un conseil que tu aurais aimé avoir plus tôt ? Qu’est-ce que tu pourrais dire à des cadets qui commencent à avoir cette responsabilité-là en match ? Ne pas se prendre la tête, peut-être ?

Romuald SEGUY
Oui, clairement ça, de juste prendre ça comme un plaisir, un plaisir de buter à chaque match pour son équipe, le plaisir que ça peut apporter de faire gagner une équipe, parce que ça fait beaucoup de bien. Bien sûr, avoir les épaules parce que ça ne sera pas toujours facile quand c’est toi qui la feras perdre – ou disons, plutôt, quand tu ne la feras pas gagner. Mais oui, voilà, c’est juste ce plaisir, pour moi c’est juste le mot plaisir qu’il faut retenir, qui fait que tu as envie de continuer à buter et que tu as envie de continuer à travailler.

On voit souvent chez beaucoup de buteurs un énorme plaisir à venir buter, ça pourrait être tous les jours, et le jour du match cette dimension-là disparaît. Et ce n’est jamais trop bon, c’est là qu’il peut y avoir des jours sans, quand il n’y a plus de plaisir, que ça devient une contrainte.

Romuald SEGUY
Il y a plus ou moins les joueurs qui ont naturellement cette qualité-là de buter, après il y a ceux qui s’y sont mis par rapport à leur poste, qui ont dû travailler pour y arriver et ça c’est autre chose. Après il y a le fait de l’expérience, où ça ne sera pas la même expérience si aujourd’hui moi on me compare avec un international à buter devant 90 000 personnes – je pense que c’est tout autre chose. Donc voilà, c’est l’accumulation des matchs, l’accumulation des tirs au but qui fait qu’aujourd’hui, par rapport à ce que tu as fait avant, tu es tel ou tel joueur. Ce que tu as fait avant compte beaucoup pour où tu peux te situer.

Est-ce qu’il y a eu un obstacle qui t’a vraiment bloqué au niveau de la progression ? On a peut-être déjà eu la réponse tout à l’heure… Un truc qui t’a vraiment bloqué, c’est peut-être cette question de l’état d’esprit ?

Romuald SEGUY
Oui, après… spécifiquement pour le tir au but ?

Oui. Est-ce qu’il y a quelque chose qui t’a vraiment bloqué un jour ? Un obstacle, et comment est-ce que tu l’as dépassé ?

Romuald SEGUY
Le plus dur a été de me sortir de la tête que je devais passer chaque pénalité et que je devais tourner à 100/100 à la fin de l’année. C’était surtout ça ! De faire abstraction de tout ça, que j’avais le droit de manquer et que j’avais le droit de passer à côté de mon match et que je devais continuer à me relever et à taper la semaine d’après – et ne pas me prendre le chou par rapport à ça, que ce soit pendant ou après.

Donc ce n’était pas vraiment au niveau physique, au niveau de la traversée, de l’orientation… ? C’était vraiment plus une question d’état d’esprit ?

Romuald SEGUY
Oui, après pour tout ce qui est technique pure j’ai eu Yannick Potel qui m’a beaucoup appris par rapport à ça, que ce soit par rapport à la traversée, à mon intensité ou autre. J’ai fait beaucoup d’exercices avec lui. Au bout d’un moment le geste reste, les conseils qu’ils t’a donnés tu les retiens, tu les as tellement intégrés que ça fait que tu les as aujourd’hui.

En préparant un petit peu l’interview et les questions, un des premiers trucs qu’on trouve c’est la pénalité 60m, demi-finale espoir contre Bayonne…

Romuald SEGUY
C’est ça !

En plus il y avait Rémi qui jouait, non ?

Romuald SEGUY
Rémi avait joué, oui. Il s’était bien pris le chou, d’ailleurs – normal, il n’avait pas apprécié de perdre. Il s’en remettra !

Et donc, est-ce que c’est un coup d’éclat… ? Est-ce que tu es aussi buteur longue distance ?

Romuald SEGUY
Il y a aussi le fait que c’était un terrain plus ou moins… je ne pense pas que ce soit les vraies distances d’un vrai stade. C’était un terrain dans un village, je n’ai pas mesuré exactement… mais oui, je pense avoir la faculté de pouvoir buter de loin.

Quelles sont tes qualités pour buter de loin ?

Romuald SEGUY
Sincèrement, je n’en sais rien. Ce n’est sûrement pas grâce à mes cuisses ni à mes mollets ! Mais oui je pense que c’est plus dû à cette amplitude. J’ai beaucoup tapé aussi très tôt de loin. Je ne me suis jamais arrêté aux 22m, à me dire que chaque fois que j’arrivais à 40 il fallait que je tape un peu plus fort. Mais oui, je pense que c’est plus cette faculté d’avoir une amplitude assez haute qui me fait gagner, à mon avis, de la distance.

Un conseil pour des buteurs qui voudraient être plus puissants ? De ne pas se limiter aux 22 ?

Romuald SEGUY
Oui voilà, déjà cette habitude de vouloir reculer, cette envie de toujours essayer, de toujours se mettre un peu plus loin… oui peut-être, je ne sais pas, franchement. À mon avis, peut-être la souplesse peut y faire beaucoup par rapport à ça, au niveau de l’amplitude qu’on va avoir avec l’ischio, et sinon peut-être aller un peu plus à la salle… bon, moi personnellement je ne suis pas sûr que ça m’aide trop par rapport à ça.

Ce n’est pas ton domaine de compétences… ?

Romuald SEGUY
Non, vraiment pas !

Une dernière question. Est-ce qu’il y a une question que je n’ai pas posée, sur le jeu au pied ou le tir au but, que tu aurais aimé que je te pose ? Ou est-ce que tu veux rajouter quelque chose ?

Romuald SEGUY
Non, il me semble qu’avec toutes les questions on a pris tous les aspects. Que ce soit mental, technique ou autre. Je pense juste que chaque personne a sa propre routine, sa propre façon de penser et chacun peut réussir avec la manière qu’il veut. Je ne pense pas qu’il y ait une manière qui puisse réussir à tout le monde.

Donc plus trouver sa manière, se concentrer vraiment sur l’essentiel, et puis après avoir un état d’esprit…

Romuald SEGUY
Et prendre du plaisir.

On va terminer là-dessus pour la grande interview et puis on va passer à la toute petite.

Romuald SEGUY
Très bien !

Merci pour votre visionnage ou votre lecture ! N’oubliez pas de retrouver juste ici l’interview BUTEUR – BOTTEUR !

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