Si vous êtes pratiquants ou simples spectateurs vous aurez certainement remarqués que l’essentiel des matchs de rugby (et a fortiori des entraînements) se déroulent avec un ballon Gilbert. La question se pose : d’où vient l’hégémonie du ballon Gilbert ?

Même si Gilbert n’est plus un prénom forcément en vogue à l’heure actuelle à l’instar des Malo, Mathéo, Timéo et autres prénoms se voulant être en haut () des échelles d’originalité et de singularité, les ballons de rugby de la marque éponyme sont restés la référence à travers les âges du rugby, de sa création jusqu’à maintenant.

Démonstration en images :

On peut lire “GILB” sur le ballon… Ne vous détrompez pas, le ballon Gilbert est présent en top 14 ! Crédit : Karine.C

 

Un ballon Gilbert en Pro D2, avant de se prendre un grosse tatane ! Crédit : jean-marc

 

Gilbert en Angleterre, en Premiership ! Crédit photo : jj_glos

 

Gilbert présent dans l’hémisphère sud, il voyage aussi en Super Rugby ! Crédit : Geof Wilson

 

Ballon Gilbert, ballon officiel de la Coupe du monde, rien que ça ! crédit : robin bye

Savoir d’où l’on vient pour comprendre le présent : un détour historique

En amateur d’histoire et de philosophie, je souscris à l’hypothèse émise par Fredriech Nietzsche dans la préface du Gai Savoir sur la généalogie de la pensée. Ici, je propose une généalogie des faits relatifs à la création du rugby et de son principal accesoire : le ballon !

Pour cela, je décide de citer Daniel Herrero dans son Dictionnaire amoureux du rugby (que je vous recommande vivement !!) pour le mot “GILBERT” :

L’ancêtre de notre ballon de rugby sortit d’une échoppe de High Street, à Rugby, en Angleterre, “Ladies and gentlemen fashionable boots and shoes manufacturer” disait la pompeuse enseigne. A l’intérieur, un dénommé William Gilbert, né en 1799, cordonnier de son métier, fabriquait les ballons de football pour le collège de Rugby. Les ballons de sir William Gilbert avaient la particularité d’être ovales, parce qu’ils étaient faits à partir de vessies de porcs qui, comme chacun sait, sont ovoïdes. Gilbert parcourait la campagne environnante pour trouver la matière première, et quand résonnait le bruit de ses sabots, le tocsin sonnait dans les porcheries !

La vessie du goret était alors gonflée à la bouche avec une pipe d’argile, recouverte de bandes de cuir, puis suspendue dans l’atelier empli des odeurs de tripaille. Parvenir à fabriquer des ballons suffisamment  durs pour le jeu de rugby était à l’époque une tâche difficile et dangereuse. L’épouse du cordonnier rival de Gilbert mourut d’ailleurs d’une infection au poumon contractée à force d’aspirer l’air fétide contenu dans les vessies mal traitées !

Au cours de la longue existence, Gilbert confectionna le ballon du match de Webb Ellis mais aussi celui de la première rencontre internationale en 1891. Autant dire que sa vie se confond avec les premières heures de l’histoire du rugby…

Gilbert était sans doute un businessman hors pair, mais pas l’inventeur de génie que sa légende a pu laisser entendre. D’ailleurs, sa fortune et sa renommée eurent pour point de départ un vulgaire chapardage d’idée. C’est un dénommé Richard Lindon, cordonnier concurrent de Gilbert, qui aurait dû être retenu par l’histoire comme le père véritable des ballons modernes. Il parvint en effet le premier à remplacer les vessies de porcs par des poches de caoutchouc. Mieux, en inventant la pompe à gonfler, il donna à la fabrication de ballons un rendement presque industriel. Mais noyé dans les dettes, Lindon fut incapable de gérer son avance et sombra dans l’oubli. La nouvelle vessie fut donc agréée sous le nom de… Gilbert, qui gagna grâce à cette invention un prix à l’exposition universelle de Londres en 1851.

Les ballons Gilbert devinrent très vite l’unique référence et partirent à la conquête du monde, assurant à la famille de Rugby, la gloire et la fortune, au grand dam des héritiers de Lindon !”

Finalement l’hégémonie de Gilbert prendrait sa source a priori dans un “vulgaire chapardage d’idée” pour reprendre les termes de Monsieur Herrero… Cependant, depuis le milieu du XIXe siècle, cette omniprésence des ballons de la marque Gilbert a t-elle souffert de la concurrence ?

Ballon Gilbert et le reste du monde

Les marques comme Mitre, Be Rugbe, Kipsta et Rhino ont bien essayé d’effectuer une petite percée dans le monde professionnel à un m’men donné. Respectivement chez les italiens, au Stade Français, dans les rayons de Decatlon et dans la savane.

Stenden et le rugby à XIII (13)

J’ai l’impression personnelle, que le rugby à 15 se moque un petit peu du rugby à 13, gentillement, par légère condescendence, avec un sentiment de supériorité à peine masqué. A quoi cela est dû ? A deux joueurs de plus ? En effet, en cas de bagarre, le groupe de 15 a plus de chance que celui de 13 mais ce n’est pas la cause principal. Le rugby à 13 souffre d’une réputation de bourrin avec les qualificatifs qui s’y rattachent : “simpliste” ; “peu technique” ; “rentre dedans” ; “bête et méchant” etc.

Mais le rugby à 15 doit beaucoup au 13, qu’on le veuille ou non. Tout d’abord au niveau des stars qui transitent du 13 vers le 15 et qui sont des attracteurs de sponsors et de spectateurs à part entière : Sonny Bill Williams, Semi Radrada, Sam Burgess etc.

Ensuite pour un aspect plus technique et tactique. Tout d’abord pour la technique de plaquage. Il y a quelques années encore, et on l’enseigne toujours comme ceci dans les écoles de rugby, on essayait de plaquer au niveau de la ceinture pour ensuite glisser vers les chevilles afin de faire tomber son adversaire. Aujourd’hui, les plaquages au niveau du ballon semblent faire la loi de plus en plus dans notre championnat nationale et plus largement encore. Héritage manifeste du rugby à 13.

Un autre exemple est l’attaque en double ligne. C’est un système offensif qui nous vient du rugby à 13 et qui consiste en l’organisation de deux lignes d’attaques : la première, à plat, souvent composée d’avants, et la deuxième, plus en profondeur et composée d’arrières. Ce système augmente le choix du demi d’ouverture et l’indécision au niveau de la défense !

Ma digression étant terminée, je vais pouvoir parler des ballons utilisés dans le rugby à 13. Il me semble (et c’est à confirmer par quelqu’un de plus au courant que moi (un treiziste?), la barre des commentaires est faites pour ça), que les ballons sont plus allongés, moins ronds, plus “pointus”. Cette caractéristique ne se retrouve peu ou pas chez les ballons Gilbert. En effet, le ballon de match Gilbert le plus récent, le Match XV, me paraît plutôt arrondit quand ce dernier est “fait”. Pareil pour son prédécesseur, le Virtuo.

Le rugby à 13 étant bien différent du rugby à 15 sans pour autant en être séparé par un fonctionnement en vase clos, bien au contraire, a adopté des ballons qui sont spécifiques et caractéristiques. La marque de ces derniers est Stenden. A ma connaissance, je n’ai jamais vu ce ballon dans le milieu quinziste ! Serait-il réglementaire de jouer avec un ballon Stenden à 15 ? Je ne sais pas.

Adidas, es-tu là ?

Certains fins observateurs l’ont déjà remarqué, mais la tournée des Lions Britanniques qui s’est déroulée cette année en Nouvelle-Zélande, s’est jouée avec des ballons de la marque Adidas.

“C’est normal” me diriez-vous sachant que la marque aux trois bandes est l’équipementier emblématique des hommes en noir ! Oui, c’est en effet le cas.

Les All-Blacks ont-ils parus gênés par des ballons Adidas ? Moins précis dans les passes ? Dans les lancés en touche ? Dans les tentatives de but et de dégagement ? Pas le moins du monde ! La justesse technique de ses demi-dieux du rugby peut laisser croire que même avec une vessie de porc datant de l’époque de William Gilbert, ils réciteraient de la même façon leur partition rugbystique… Peut-être…

Cependant, les ballons Adidas sont des ballons de qualité ! Croyez-vous que ce célèbre équipementier va fournir à l’équipe de rugby la plus célèbre du monde des ballons digne d’un Replica tout usé oublié au fond du local ? Certainement pas ! Il en va de leur image de marque !!!

Néanmoins, je n’ai jamais vu aucune équipe, au niveau amateur, investir dans des ballons Adidas. L’hégémonie des ballons Gilbert faisant encore la loi.

Mais alors, laquelle de toutes ces marques de ballons est la meilleure ? La plus résistante ? Présente le meilleur rapport qualité-prix ? Convient le mieux aux buteurs ? Réponse bientôt 😉

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2 commentaires

Riks · 28 septembre 2017 à 22 h 12 min

+1 pour le jeu de mot avec Rhino !

Escarpit · 17 août 2018 à 19 h 14 min

Il y a eu deux ballons de légendes dans l’histoire du rugby : le Wallaby d’Adidas, sous ses différentes formes à travers le temps, ballon incontournable du rugby français de la toute fin des années 60 au premier tiers des années 90, et le Gilbert aux fameuses bandes colorées épousant les coutures, depuis avant la coupe du monde 95 (il a été mis sur le marché en 94 et l’Angleterre est la première équipe à l’avoir utilisé) jusqu’à ce jour, et c’est pas près de changer à mon avis. Il a même existé en version cuir. Après, il y a eu des challengers très sérieux : le Adidas Webb Ellis au design futuriste, version cuir et version grip (LE ballon de Nineties par excellence), le ballon jaune vif nuance moutarde à couture apparente des Australiens des années 70-80, le Gilbert de cuir des Anglais jusqu’aux environs de 1988, blond comme un caramel, véritable olive parfaite dans son ovalité, le Webb Ellis de la Coupe d’Europe un temps, l’Adidas jaune fluo des Blacks du début des années 2000 (un super ballon, je l’avais acheté, mais qui déteignait !), le Summit australien de la même époque, qui fleure bon l’outback, Waltzling Mathilda et la bière Forster’s, le Mitre Multiplex de la première coupe du monde en 87, blanc comme un oeuf, dont je me suis toujours demandé ce qu’il donnait au touché, etc. Mais le Gilbert à bandes et le Wallaby restent là-haut sur le piédestal des gonfles emblématiques d’Ovalie.

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