Les 7 plaies du rugby français – Serge Betsen – Hugo Sport – 150 pages – 2015

Quatrième de couverture :

“J’aime trop le rugby français pour le regarder couler sans rien dire. Nous avons tout ce qu’il faut pour redevenir une nation dominante, sauf du temps à perdre. Au travail !”

Chronique

Serge Betsen est une grande figure du XV de France et du rugby français en général. Surnommé “le sécateur” au vue de son abattage impressionnant en défense et au placage, Serge Betsen a connu une carrière très riche et intense avec un total de 63 sélections en équipe nationale. Il compte par ailleurs trois boucliers de Brennus, trois victoires lors du tournoi des 6 nations et 2 demi-finales de Coupe du monde.

Il est considéré comme l’un des plus grands troisièmes lignes de l’histoire du rugby français.

Serge Betsen, dans ses oeuvres aux London Wasps ! Crédit Flickr : Peter Dean

La tête bien remplie et la tête sur les épaules, il est aussi fondateur de la Serge Betsen Academy qui a pour but de promouvoir le rugby au Cameroun dans ces valeurs d’intégration sociale et d’éducation.

Les raisons pour lesquelles il a pris plume et position sont explicitées en quatrième de couverture (ci-dessus) et lors de l’introduction.

Selon lui (et d’autres observateurs), le rugby français se meurt à petit feu depuis plusieurs années. Le livre est publié en 2015 et à l’heure où j’écris cet article en 2018 le XV de France attend une victoire (contre l’Italie) après un an de défaites !

La lecture de son ouvrage est fluide car le livre est bien structuré ! 7 chapitres pour Les 7 plaies du rugby français. Chaque chapitre est lui-même organisé en trois sous-chapitres, un triptyque qui ressemble à :

  1. ÉTAT DES LIEUX
  2. COMMENT EN EST-ON ARRIVÉ LÀ
  3. PROPOSITIONS

1 / Nos jeunes sont déjà hors-jeu : la détection et la formation

1.1 État des lieux

Nos jeunes joueurs français peinent à trouver du temps de jeu et à éclore au plus haut niveau. Ce n’est pas faute de licenciés car la France en compte plus de 450 000, pour 66 millions d’habitants.

La Nouvelle-Zélande en compte 200 000 pour seulement 4 millions habitants.

Le rugby fait littéralement partie de la culture de ce pays. Tous les gamins y ont un ballon entre les mains à la sortie de l’école. Il est impossible d’y échapper.

Serge Betsen s’étonne que l’Irlande et le Pays de Galles, qui remportaient de manière régulière le tournoi des 6 nations entre 2012 et 2014, ne comptabilisent à elles deux “que” 200 000 pratiquants.

La France “possède” donc plus de fois plus de licenciés que l’Irlande et le Pays de Galles réunies et pourtant ces équipes semblent évoluer un cran au-dessus par rapport au XV de France. Cf classement de l’IRB pour confirmation.

Et pourtant, nous sommes encore loin d’être champion du monde, contrairement à elles. Tout simplement parce que notre système d’accueil, de formation et d’accompagnement des talents n’est plus adapté.

1.2 Comment en est-on arrivé là ?

Selon Serge Betsen, l’entité CLUB en France est précaire. Ce dernier dépend du financement des pouvoirs publics et celui-ci peut être aléatoire. En contrepartie, les parents, les collectivités locales et même l’État demandent beaucoup à ce club.

Dans Les 7 plaies du rugby français nous apprenons donc que “la façon d’appréhender le sport en France est en rupture avec ce qui peut exister partout ailleurs dans le monde, et notamment chez les Anglo-Saxons.”

Comment font alors les Anglais qui semblent aujourd’hui produire un des seuls rugby capable de rivaliser avec les All-Blacks ? Serge Betsen peut en témoigner car il a évolué pendant dans l’équipe des Wasps pendant 4 ans, à Londres.

Serge Betsen sous le maillot des London Wasps. Crédit Flickr : Chris Brown

En France…

L’association ressemble trop souvent à un lieu où l’on vient déposer son enfant, comme une garderie, en choisissant le sport où l’activité en fonction des horaires et d’un carnet de valeurs qui “collent”.

En Angleterre…

Le terrain et les structures sont mis à disposition par le club, mais ensuite, ce sont tous les parents qui doivent se mobiliser pour que les jeunes puissent jouer. Sans les parents, le club ne peut pas avancer. Et tout le monde se bat pour aller chercher de l’argent à droite et à gauche, entraîner les enfants, ou encore préparer le goûters. Ne rien faire et même perçu comme honteux.
Nous, on délègue tout cela au club sans aucune arrière-pensée. C’est très culturel chez nous de fonctionner comme cela.

Si effectivement l’ensemble des parents font une action pour le club se dernier doit être bien plus dynamique… En France, le poids qui pèse sur les épaules des bénévoles sont lourds, car ils sont peu nombreux.

En Angleterre, la place du rugby est différente. Dans les écoles privées anglaises, le rugby occupe une grande place car il véhicule des apprentissages importants (connaissance de soi, de son corps, coopération etc.). Dans Les 7 plaies du rugby français, Serge Betsen déplore que le statut du rugby soit l’équivalent d’un simple défouloir moteur…

1.3 Propositions

La formation doit devenir le cœur d’une politique globale. Serge Betsen souhaite emprunter au foot l’indemnisation des clubs formateurs lors de chaque transfert. Il s’agit d’un retour sur investissement pour le ”petit club” ! Ces fonds lui permettront de se pérenniser et de former de nouveau des bons joueurs de rugby.

Parallèlement, la formation doit s’agrandir du côté des banlieues des grandes villes. L’exemple parlant est la ville de Massy qui a formé Bastareaud, Bias, Lamboley etc. Le rugby ne peut plus se cantonner au seul territoire du Sud-Ouest !

De plus, le recrutement des joueurs de plus en plus jeunes crée une hyperconcentration dans les grands clubs et un appauvrissement des ”petits clubs”. Ce modèle n’est pas viable car pénalise (si ce n’est plus) les joueurs qui progressent moins rapidement…

Par ailleurs, la formation des bénévoles des ”petits clubs” doit elle aussi redevenir une priorité. Car si les bons joueurs transitent effectivement par des centres de formation de plus en plus performants, ils font leurs premiers pas rugbystiques dans 95% des cas dans le club du village…

2 / Plus vite, plus haut, moins forts : la préparation et l’entraînement.

2.2 Etat des lieux

Les joueurs professionnels sont plus souvent blessés, avec des traumatismes de plus en plus importants en gravité et en durée de rééducation.

L’aspect paradoxal de cette réalité alarmante est que c’est seulement lors d’une longue période de blessure que le joueur peut récupérer en profondeur. C’est à dire se muscler ou améliorer ses points faibles par exemple. Ainsi, il revient souvent plus en forme…

2.3 Comment en est-on arrivé là ?

En misant sur des joueurs très costauds et sur un plan de jeu “tout-physique”. Selon Serge Betsen ce phénomène prend sa source dans l’arrivée progressive de joueurs hors-normes physiquement, avec en chef de file Jonah Lomu !

Ce désir de joueur costauds et de plan de jeu basé sur l’affrontement physique se ressent même dans la structure de l’entraînement :

C’est simple, quand on considère une journée-type, aujourd’hui, dans l’organisation même des blocs de travail, le jeu arrive bien souvent après les heures de préparation physique, à un moment où la concentration du joueur, déjà très sollicité, devient aléatoire. Les sautes d’attention sont alors inévitables. Où est le plaisir ?

Les anglais, un temps structurés sur le “tout-physique” ont réintroduit des joueurs avec de la classe et de la vista : Danny Care, Owen Farrell, Mike Brown, George Ford etc.

2.3 Propositions

Première idée, limiter le nombre de matches ! L’idée n’est ni nouvelle ni originale mais c’est une urgence absolue ! Serge Betsen souhaite ne pas dépasser 30 rencontres par saison !

La deuxième idée est de s’inspirer de l’encadrement proposé aux joueurs anglais en club. Effectivement, outre Atlantique il semblerait que les joueurs sont “plus” (taux d’encadrement supérieur) et mieux accompagnés. Préparateurs physiques, analystes vidéo, statisticiens, spécialistes de la mêlée, touche etc. Autre point important, ces spécialistes sont issus de milieux très divers : boxe, foot etc. Une approche pluri-sportive créée automatiquement de la richesse.

Cette ouverture est primordiale pour créer du mouvement, de la nouveauté, de l’échange et éviter l’immobilisme et la sclérose.

Dès que je croise des coaches anglais ou d’anciens internationaux étrangers travaillant dans des clubs, ils sont toujours très heureux de me proposer de venir visiter leurs installations et de me montrer la façon dont ils travaillent. Leur état d’esprit, ce serait plutôt : “Si tu vois quelque chose qui te plaît et que tu penses pouvoir l’appliquer, n’hésite pas.”

3 / Les rois fainéants : Le travail et le talent

3.1 Etat des lieux

Pour résumé ce sous-chapitre, la France manque de bourreau de travail comme Jonny Wilkinson… Serge Betsen en cite un du côté tricolore : Thierry Dusautoir.

Serge Betsen encourage plus de travail quand le talent ne suffit pas (mais est une bonne base !).

Je me souviens d’une déclaration aussi dure que révélatrice à ce sujet de Bernard Laporte sur Frédéric Michalak, certainement le joueur français le plus talentueux de ces dix dernières années : ” Quand tu vois ce que s’entraîne Jonny Wilkinson et ce que s’entraîne Frédéric Michalak, je comprends comment l’un a la carrière qu’il a, et l’autre pas.” Laporte cherchait bien sûr à piquer l’orgueil de son joueur, mais il y a un fond de vérité.

3.2 Comment en est-on arrivé là ?

Dans ce sous-chapitre du livre les 7 plaies du rugby français, Serge Betsen reconsidère la place de l’effort, de la remise en question et des sacrifices pour arriver au meilleur niveau.

La réussite c’est 90 % de transpiration.

Puis en parlant de Jonny Wilkinson :

Mais si tous les joueurs ne faisaient ne serait-ce que 50 % de ce qu’il a accompli pour atteindre son niveau, leurs progrès seraient déjà réels.

Après quelques considérations vagues sur la dopage, il conclut :

Le sport c’est cela : de la remise en question, de la recherche, du travail.

3.3 Propositions

Ici aussi, Serge Betsen demande plus d’exigences de la part de tous les acteurs du rugby français : joueurs, staff etc.

Il faut que le club fonctionne comme une entreprise, avec des objectifs à atteindre, des règles à respecter, et que chaque écart soit sanctionné.

Cette vision des choses paraît strict et surtout déjà d’actualité tant on voit de plus en plus de grands business-men prendre la présidence de grands clubs français : Racing, Paris etc.

Comme souvent dans son livre, Serge Betsen part de son expérience personnelle pour proposer quelques petites ouvertures. Ses ouvertures, il les a trouvé dans des pratiques en-dehors du domaine sportif dans la sophrologie et la psychothérapie.

Evidemment, cela ne peut pas convenir à tout le monde. Mais j’invite les joueurs à explorer ce genre de piste.

Enfin, pour conclure sur le dopage, il espère la création d’un système de suivi longitudinal pour connaître sur le long terme les paramètres biologiques des joueurs et être au plus proche de leur état de santé. Ce suivi, me semble-t-il est déjà mis en place mais semble très incomplet au vue de quelques témoignages (livre de Laurent Bénézech, Philippe Kallenbrunn) notamment par rapport à ce que le cyclisme a déjà mis en place !

La première partie de cette chronique est désormais terminée ! Vous retrouverez dans le second article des chapitres consacrés à notre championnat national, l’équipe de France, la gouvernance de notre rugby et la place de l’économie dans le “rugby business”!

–> Retrouvez plus de commentaires sur Les 7 plaies du rugby français

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